Etats Unis et citoyens désunis

Les Etats Unis ont un gros avantage sur l’Union Européenne, leurs Etats sont, pour les premiers, unis depuis le 17 septembre 1787. Depuis cette date, l’union dispose d’un seul congrès, composé d’un sénat et d’une chambre des représentants. Ils disposent d’un gouvernement unique qui vote des lois qui sont valables dans tous les Etats même si chaque Etat dispose d’initiatives non négligeables. Ce gouvernement est l’interlocuteur unique vis-à-vis des Etats étrangers.
Cette union de longue date dispose aussi depuis 1913 d’une Réserve Fédérale qui a un double objectif, la stabilité des prix et le plein emploi auquel s’ajoute une obligation de faciliter la croissance économique.
Face à une union si solide, l’Union Européenne avec ses 17 langues, ses 27 gouvernements nationaux, ses représentants choisis pour leur faible représentativité internationale, ses traités trop peu contraignants, parce que toujours votés sur le compromis minimum forgé par les égoïsmes nationaux, ne fait pas le poids lorsque les vents tempétueux de la crise soufflent sur les unions et les grands Etats nations.
L’Union Européenne dispose d’une Banque Centrale dont le rôle unique est de veiller au contrôle de l’inflation. Ce rôle est, dans les faits, étendu depuis la crise et de nombreuses polémiques tournent autour du rôle de cet organe.
Vu de l’extérieur, les Etats Unis semblent bien mieux armés pour faire face aux vents de la crise. Pourtant, qui n’a déjà vu un bel édifice s’écrouler rongé de l’intérieur ? N’est ce pas d’ailleurs ainsi que l’on fait s’écrouler les tours ou les plus hautes cheminées ?
Qu’est ce qui pourrait bien faire s’écrouler les Etats Unis de l’intérieur ?
Pour le savoir, il suffit de regarder s’égrainer quelques chiffres que ne publient jamais les médias propriété des tenants du pouvoir économique et politique.
Dans les années 70, le 1% des plus riches étasuniens récoltaient 8% de l’ensemble des richesses réalisées chaque année aux USA. Ce chiffre est passé à 14% dans les années 80, à 19% fin les années 90. En 2007, il était de 23,5%.
23,5%, c’est plus que ce que ne recueillent ensemble les 50% des plus pauvres des étasuniens.
Plus fort, de 1980 à 2005, 80% des nouveaux revenus créés sont allés aux 2% des plus riches !
Les mesures de réduction fiscales pour les plus riches, décidées entre 2001 et 2003, par George W Busch, représentent un manque de recettes fiscales pour les Etats Unis de 700 milliards $.
Le lobby de ces extras riches est si puissant qu’il a même réussi à faire reconduire récemment ces mesures par un Président démocrate.
Ce lobby, qui finance les campagnes électorales, soutient les candidats qui défendront le mieux les intérêts de sa caste au détriment des plus démunis et d’une classe moyenne déliquescente.
La plupart des étasuniens ne comprennent pas le piège qui se referme sur eux malgré le fait que quelques super riches, dont Warren Buffet, réclament une hausse des taxes sur les revenus les plus élevés.
Leur incompréhension est liée au rêve américain où la richesse est admirée et la réussite glorifiée. Ils ne se rendent pas compte qu’à leurs fin de mois difficiles correspond une accumulation de richesse toujours croissante entre quelques mains.
Cette situation, lorsqu’elle aura atteint son paroxysme, deviendra explosive. Chacun veut pouvoir vivre décemment et ne peut accepter que ses enfants ne puissent avoir accès à une éducation de qualité, à des frais médicaux raisonnables et ne puissent espérer une vie un peu meilleure que la sienne.
Barrack Obama avec son slogan « yes we can » et des espoirs de changement a gagné l’élection. Aujourd’hui ses partisans sont déçus. La crise, le blocage systématique des élus républicains à la chambre des représentants, liés à un manque de courage politique sur de nombreux sujets font de ce mandat présidentiel un océan de désillusions.
Si un candidat républicain est élu à la prochaine élection, le fossé entre les ultra riches, ce qui reste de la classe moyenne et les pauvres continuera à se creuser jusqu’au jour où.
Souvenez-vous d’un petit marchand de légumes du nom de Mohamed Bouazizi qui s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010 parce qu’il ne pouvait plus supporter cette vie, sa vie.
De nombreux tunisiens d’abord puis des égyptiens et ensuite de nombreux habitants de pays du proche et du moyen orient se sont reconnus dans ce jeune homme et on décidé de prendre leur sort en mains.
Avec un tel fossé d’inégalités, gare au jour ou un dénommé John Smith s’immolera par le feu dans une petite ville de l’Arkansas et que de nombreux étasuniens se reconnaitront en lui. Ce jour là, les Etats Unis commenceront leur chute par l’intérieur sous les coups de leurs citoyens désunis.
Roger Greden
12/12/2011

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