La finance parasite, un pléonasme

La suppression, par le Président Nixon en 1971, du lien, né des accords de Bretton Woods en 1944, entre le USD et l’or, conjugué aux politiques de dérégulation de la finance introduites dès 1981 par le Président Reagan et Margaret Tatcher, ont donné à la finance  moderne des moyens nouveaux et considérables pour se développer.

 

La finance, de serviteur de l’économie, est devenue, grâce aux développements des marchés, aux produits nouveaux, aux avancées technologiques mais surtout à une perte rapide de tout sens moral de ses acteurs, le centre du jeu autour duquel tout doit tourner.

 

Progressivement, la finance a pris le contrôle sur l’économie et à imposé ses lois tout en oubliant le respect des principes moraux élémentaires tels que l’honnêteté, le respect du droit, le sens du bien commun, etc.. Il suffit de se souvenir seulement des principaux scandales : ‘junk bonds’, délits d’initiés, Enron, ‘subprimes’, etc. pour se rendre compte de l’abaissement rapide de tout sens moral chez les dirigeants de la finance, dite moderne.

 

La finance a de plus en plus joué l’économie à la roulette de ses nouveaux jeux électroniques  et pris les consommateurs, les entreprises et les investisseurs en otage, sans parler des politiques qui ont soit cru naïvement, soit profité, soit cautionné, soit encouragé ce manège infernal.

 

Depuis la crise de 1929, les banques de dépôts, protection de la petite épargne oblige, n’étaient plus autorisées à exercer le métier de banquier d’affaires. Le développement de nouveaux produits et de techniques de plus en plus sophistiquées ont permis à ces banques de dépôt, protectrices de l’épargne populaire, de se transformer elles aussi en joueurs de casino. L’affaire Kerviel, Société Générale et plus récemment UBS ne sont que les rares parties émergées de ce grand jeu généralisé.

Avant la crise, la finance n’avait plus aucun scrupule, seul comptait le profit. Pour qui ? Pour les financiers eux-mêmes (bonus, retraite chapeau, parachute doré, etc !

 

Un banquier débutant sait qu’octroyer un crédit (du latin ‘credere’ qui signifie confiance) à un débiteur insolvable, en jouant sur la garantie, va tourner au désastre, avec tout ce que cela signifie.

Il ne faut donc pas le faire, sauf si la banque va encaisser les juteuses commissions de montage du dossier puis ‘refiler le crédit’ à des investisseurs naïfs grâce à la technique de la titrisation et l’assistance de mathématiciens de génie.

Comble de cynisme, comme le banquier sait ce qu’il fait et peut facilement anticiper la fin de l’histoire, il achète des ‘produits de couverture’ qui parient sur l’écroulement du système au moment où ses services commerciaux octroient de toujours plus nombreux crédits ‘subprime’ et vendent les fonds de titrisation aux investisseurs qui ne peuvent même imaginer une telle duplicité. Goldman Sachs a été condamné pour ces pratiques avérées mais son Président n’a pas été inquiété (Les ‘bangsters’ sont au dessus des lois et les politiques sont leurs amis !)

 

La crise a secoué les banques dont la plupart a été soutenue directement ou indirectement par les Etats, ce qui a, avec le soutien à l’économie dans son ensemble, mis ces derniers en situation d’insolvabilité et généré le problème des dettes souveraines.

 

Les financiers sauvés ont-ils donné des garanties de bonne conduite ? Non, ils se sont empressés d’utiliser l’argent reçu pour rejouer au casino boursier, et non pour octroyer des crédits aux entreprises touchées par la crise générée par les financiers. Forts de tout cet argent reçu gratuitement, ils ont accumulé des profits exorbitants avec lesquels ils ont remboursé les Etats pour se libérer des contraintes sur leurs rémunérations puis ils se sont empressés de se distribuer des bonus encore plus exorbitants qu’avant.

 

Un seul financier a-t-il été emprisonné ? Oui, Bernard Madoff, mais lui ne faisant pas partie des ‘too big too fail’. S’il avait été le Président d’AIG, ou de Lehman Brothers, ou de Freddy Mac, ou de Fannie May, et aurait fait perdre 100 fois plus à ses actionnaires et aux contribuables US, il profiterait de sa retraite dorée sur une plage de Floride.

 

Que retenir de ce qui précède ? Que la finance a détruit l’économie et que les dépenses folles des Etats, appliquant la théorie de JM Keynes, inadaptée à la situation, n’ont pas permis de relancer la machine économique contrairement aux affirmations réitérées de Ben Bernanke et de Timothy Geithner.

 

Aujourd’hui la finance ne sait plus avec quoi continuer le jeu, les actions s’effondrent, les taux obligataires sont au plancher, les dettes souveraines sont de moins en moins sûres, l’immobilier au USA continue à se déprimer et est très cher dans de nombreux pays (les jeunes n’ont plus accès à la propriété et le font savoir comme en Israël et bientôt en Europe), les matières premières sont chères et craignent la récession les produits agricoles sont volatiles selon les aléas des changements climatiques. Le dernier jeu porte sur les polices d’assurance décès des citoyens américains incapables de continuer à payer les primes. La limite du sordide est atteinte

 

La finance est dans la situation de cette bactérie qui constate que l’être qu’elle parasite est occupé à mourir.

 

Roger Greden

25/11/2011

 

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One Response to "La finance parasite, un pléonasme"

  1. Fred says:

    Bien vu !

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